Guide pratique au Dojo de Saito Hitohira Sensei (Iwama)
Dojo de Me SAITO Hitohira – Iwama

Guide pratique au Dojo de Saito Hitohira Sensei (Iwama)

Les pratiquants me demandent souvent s’ils peuvent se rendre à Iwama pour pratiquer ou assister aux cours de Me Saito pendant une période plus ou moins longue. C’est évidemment possible mais certaines spécificités du fonctionnement de l’organisation font que devenir élève au sein de l’Iwama Shin Shin Aiki Shuren Kai s’organise autour d’une tradition liée à l’enseignement japonais traditionnel.

Notez que vous voudrez surement consulter notre article sur comment se rendre à Iwama.

Pratiquer au Dojo de Saito Hitohira Sensei

Pour pouvoir participer aux cours, il y a principalement deux options :

  • Vous résidez au Japon dans la région d’Iwama (province d’Ibaraki) et souhaitez devenir soto-deshi (élève externe). C’est-à-dire que vous demandez à participer régulièrement aux cours et vous vous engagez à maintenir une présence soutenue. Vous pourrez pratiquer chaque soir de la semaine ainsi que le week-end au sein du dojo.
  • Vous séjournez au Japon pour une période plus courte (quelques semaines ou plusieurs mois) et souhaitez intégrer le dojo comme uchi-deshi (élève interne), ce qui signifie que vous vivrez au sein même du dojo auprès de Me Saito et sa famille. Votre pratique débutera le matin par les cours d’armes et finira le soir avec le travail à mains nues. Le statut d’uchi-deshi est spécifique, je développerai dans un prochain article les aspects liés à ce statut particulier.

Quel que soit votre statut au sein du Dojo (uchi-deshi ou soto-deshi), pour pratiquer, vous devez être recommandé ou parrainé par un sempai ou un enseignant de l’Iwama Shin Shin Aiki Shuren Kai auprès de Saito Sensei. Cette tradition liée à l’enseignement traditionnel demeure encore aujourd’hui à Iwama. Dans le cadre de cette tradition, cela signifie aussi que votre comportement, attitude, façon de vous entraîner, engagent la responsabilité morale de la personne qui vous a introduit au sein du Dojo. Ainsi au travers de vos actes, sur et en dehors du tatami, vous montrez comment vous avez été formé à la pratique martiale bien sûr mais aussi vis-à-vis de l’étiquette et de la culture japonaise.
Si vous êtes débutant, pas de soucis, il vous faudra tout d’abord observer quelques séances avant de pratiquer et un sempai sera chargé de vous guider dès vos premiers cours.

L'Étiquette

Comme dans bon nombre de dojos traditionnels, l’histoire du lieu et la culture liée à l’art martial influencent les règles de vie et les comportements, en particulier à Iwama où Ô Sensei a laissé une très forte empreinte que l’on perçoit encore aujourd’hui. Si certaines règles peuvent être affichées, de nombreuses choses se transmettent par l’observation et les remarques ou conseils des sempais du Dojo.

L’entrée dans le Dojo

Avant d’entrer dans le dojo, on retire ses chaussures et on les place soit au pied des marches et de la coursive en bois qui longe le dojo, soit dans une étagère prévue à cet effet. Faites en sorte que vos pieds nus ou en chaussette ne touchent pas directement le sol pendant que vous ôtez vos chaussures. Concernant vos chaussures, tournez les pointes de vos chaussures vers l’extérieur (comme si vous sortiez du Dojo) et placez-les l’une à côté de l’autre, vous devez pouvoir les mettre en peu de temps... Cela fait référence au fait que vous devez pouvoir sortir en cas de danger à toute vitesse du Dojo et enfiler vos chaussures le plus vite possible pour faire face au danger... Votre attitude de Budoka doit donc s’étendre jusqu’au moindre détail.

A votre entrée dans le dojo, un salut simple en direction du Kamidama ponctué d’un « konnichiwa » (le matin) ou « konbanwa » le soir sont nécessaires. Si l’on entre en petit groupe (3/4 personnes en même temps) il est important de coordonner le salut ainsi que le « bonjour ». En retour vous recevrez un konnichiwa simultané de l’ensemble des personnes présentes dans le Dojo.

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Kamidama du Tanrenkan Dojo de Me Saito à Iwama

Au vestiaire

Ce dernier est plutôt petit par rapport à nos habitudes françaises, tant et si bien qu’il ne faut pas y rester pendant 20 min à discuter du dernier Nikyo qui vous avez « réussi »... Il faut laisser la place et surtout ne pas encombrer l’espace de ses affaires pour permettre aux autres pratiquants de se changer rapidement. La porte du vestiaire donne directement sur le tatami, seule une porte coulissante en bois et papier les séparent. On vous entend donc très bien...

Les Keiko - Les cours

Les uchi-deshi ont pour rôle de préparer le lieu à la pratique et nettoient donc le dojo avant et après chaque entraînement. En terme d’attitude, il faut être prêt à l’arrivée de l’enseignant. Si bien que la plupart des élèves sont présents une vingtaine de minutes avant le début des cours et procèdent à leur échauffement personnel par des suburis, des assouplissements, ou autre... Là aussi la notion de vigilance est importante, l’heure du début de cours est une indication, il se peut que l’on commence plus tôt ou plus tard, donc vous devez être prêt avant. Il arrive de façon fréquente que Saito Sensei arrive en avance et apporte des objets pour orner le kamidama, donc il vaut mieux être en avance.

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Comme dans tout dojo, chacun occupe une place « définie » pour le salut. Par courtoisie les « visiteurs » ou personnes qui pratiquent lors d’un court séjour, se placent en retrait. Le nombre de pratiquants pouvant être important, ils se positionnent en différentes lignes pour le salut. Outre le fait que les élèves les plus gradés se positionnent à droite de la ligne et de façon décroissante, la première ligne est composée des sempais qui résident sur place et viennent régulièrement depuis de nombreuses années au Dojo. Suivent ensuite les uchi-deshi et pratiquants moins gradés.

Les grades n’étant pas affichés sur les visages des pratiquants, il faut observer comment se comportent les habitués et rester humble sur votre place dans l’alignement. Souvent, on vous fera discrètement un petit signe pour vous dire de vous replacer dans l’alignement si nécessaire.

Priere Shinto de Kaeshi Wake

Me Saito pratique la religion Shinto de façon très assidue, il est très attaché au respect des anciens et récite au début de chaque cours un ou plusieurs norito en direction du portrait d’Ô Sensei et de celui de son père Saito Morihiro Sensei. L’ensemble des pratiquants est alors en seiza tête baissée comme pour le salut. Cela ne dure que quelques minutes et au-delà de l’aspect religieux qui est propre à chacun, ce moment vous plonge dans une atmosphère particulière japonaise qui est propre à un Dojo traditionnel.

L'entraînement

Le matin

La pratique matinale débute par une séance de méditation qui fait suite aux prières Shinto. Les entraînements du matin sont consacrés à l’étude des armes (Bukiwaza) et s’effectuent dans une clairière attenante au Dojo. Après le salut, l’ensemble des pratiquants se dépêche pour revêtir ses chaussures (d’où l’intérêt de les avoir mises dans le bon sens...) et l’on trottine doucement, armes à la main, vers la clairière pour arriver avant Sensei.

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La météo n’influe que très peu la pratique extérieure, seule une pluie battante vous fera rester au Dojo et l’entraînement sera adapté aux circonstances. La neige et le froid ne sont pas des freins à la pratique extérieure. Bien sûr dans de tels cas, le port d’un vêtement chaud sous le keikogi est autorisé. Il n’est pas rare que Saito Hitohira Sensei allume un brasero lors de la pratique extérieur s’il fait trop froid. L’ensemble des pratiquants pouvant pratiquer autour de celui-ci. Atmosphère garantie...
Le soir : La pratique est dédiée aux techniques à mains nues dans le Dojo.

Le Kiai

Le Kiai fait partie intégrante des entraînements, ceci afin de libérer l’énergie et de positionner votre respiration sur les différents mouvements effectués. Au sein du Dojo il n’y a pas de pratique sans Kiai, que cela soit à mains nues ou avec armes.

Les entraînement sont sincères et intenses. Quel que soit votre niveau, l’exigence est située sur votre engagement dans la pratique et votre volonté d’apprendre et de corriger ou intégrer les apprentissages proposés.

Si on vous corrige, inutile de vous excuser. Il faut simplement remercier Sensei ou la personne. On ne discute pas pendant la pratique, les échanges passent principalement par le corps et le fait que vos partenaires ou vous-même guidez l’autre dans la réalisation de son mouvement s’il éprouve des difficultés. A ce sujet, il est rare que l’on change de partenaire pendant un cours, ce qui diffère des habitudes que l’on a lors de stages par exemple. Les partenaires d’entraînement se choisissent souvent avant le début du cours. A la fin du salut du début du cours, les sempais se voient généralement assaillis de pratiquants qui veulent les inviter à travailler ensemble.

Jyu Keiko - L’entraînement libre

Chaque séance de pratique dure environ une heure et peut être plus longue selon l’apprentissage du moment. A la fin, un entraînement libre est effectué par la quasi-totalité des pratiquants. Seules les personnes ayant des obligations importantes quittent le tatami après son nettoyage. Au cours de cet entraînement libre, on retravaille ce qui a été abordé et on essaye d’intégrer les corrections apportées par Sensei. Les sempais jouent un rôle très important de conseil et viennent volontiers pratiquer avec vous si vous leur demandez et vous indiquent le sens des corrections apportées. C’est un moment important où l’on peut discuter de la pratique du jour et aussi revoir d’autres techniques notamment si l’on prépare le passage d’un grade.

De manière générale, on trouve accroché au mur du Dojo un extrait du manuel Budo écrit par Ô sensei en 1938 et traduit en anglais. Il détermine en quelques mots l’attitude à avoir pendant la pratique.

  1. L’Aïkido peut déterminer la vie ou la mort d’un seul souffle, c’est pourquoi il faut respecter les directions de l’apprentissage de l’enseignant et ne pas s’engager dans une opposition de force.
  2. L’Aïkido est la voie où une personne est équivalente à des milliers. C’est pourquoi lors de l’entraînement il ne faut pas seulement faire face à ce qu'il se passe devant soi mais aussi garder conscience des 4 et 8 directions.
  3. L’entraînement doit être réalisé d’une façon agréable.
  4. L’enseignant ne peut transmettre qu’une partie de l’apprentissage. Pour être capable d’utiliser une technique, on doit l’apprendre par sa propre expérience d’un entraînement sincère et incessant. C’est seulement à partir de ce moment que l’on commencera à intégrer les mouvements avec son propre corps. Il n’est pas à propos de chercher à intégrer plusieurs techniques en même temps. Pour maîtriser une technique, il faut la réaliser par étape et pour ce qu’elle est.
  5. L’entraînement quotidien débute avec Tai no henko. On augmente graduellement l’intensité. Le pratiquant doit faire attention à ne pas surmener son corps. Même une personne plus âgée ne devrait pas se blesser. Continuez à vous entraîner de façon agréable et faites votre possible pour atteindre les objectifs de l’entraînement.
  6. L’Aïkido forme le corps et l’esprit. Son objet est de former des personnes sincères. Du fait que chaque technique soit secrète, elles ne doivent être révélées sans discernement au public. Un mauvais usage de techniques, par qui que ce soit, doit être évité.

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Le Shoji – Le nettoyage du Dojo

On retrouve là aussi une véritable tradition japonaise qui ne concerne pas seulement la vie des Dojos puisque ce principe s’applique dans les écoles, les entreprises, etc. L’entretien du lieu de pratique et son nettoyage font partie intégrante de la pratique. Avant chaque entraînement on nettoie le Dojo et son espace de manière à le préparer et se préparer pour la pratique. A la fin du cours, on le nettoie pour le laisser propre pour les autres et par respect pour le lieu. Cela se traduit par une véritable organisation des espaces à nettoyer et de comment les nettoyer. Sachez qu’il existe de nombreux outils spécifiques, chiffons pour le kamidama, les murs, etc. Là aussi, l’observation est de rigueur. Il s’agit en plus d’un excellent moyen d’intégration, prenez part au nettoyage du dojo et suivez une personne habituée. Elle vous guidera avec plaisir et saura apprécier votre démarche d’élève au sein du Dojo.

Il est complexe d’aborder l’ensemble des éléments qui constituent la vie d’un Dojo au Japon. Intégrer un tel ensemble se révèle peu compliqué si l’on accepte une certaine humilité et que l’on est motivé par un véritable projet d’apprentissage. Les pratiquants du Dojo sauront très vite l’apprécier et vous guideront avec plaisir et sincérité dans votre démarche. Vous constituerez de véritables liens et relations qui sont bien une des preuves que l’Aïkido unit les gens.

Documentaire sur le dojo de Saito Sensei